vapeur


vapeur

1. vapeur [ vapɶr ] n. f.
XIIIe vapour; lat. vapor
1Amas visible, en masses ou traînées blanchâtres, de très fines et légères gouttelettes d'eau de condensation. 1. brouillard, brume, nuage. « Les vapeurs retombées sur l'horizon [...] en amoncellement de ouates grises » (Loti). « Cette vapeur menue, qui, [...] glissait sur les maisons et les rues à la façon d'un fleuve qui coule » (Maupassant).
2(XVIe) Vapeur d'eau, ou absolt la vapeur : eau à l'état gazeux, état normal de l'eau au-dessus de son point d'ébullition. Utilisation industrielle de la vapeur comme force. (1794) À VAPEUR. Machine à vapeur, mue par la vapeur d'eau. Locomotive, bateau à vapeur. Fer à vapeur : fer à repasser électrique pouvant projeter de la vapeur sur le linge. — Fam. Être à voile et à vapeur. Renverser la vapeur, la faire agir sur l'autre face du piston, afin d'inverser le sens de la marche de la machine (ce qui a pour premier effet de freiner le mouvement). Fig. Arrêter net une action qui se développait dans un sens dangereux et la mener dans un sens opposé. À toute vapeur : en utilisant toute la vapeur possible, à toute vitesse. Les trains « se dirigeaient à toute vapeur sur Paris » (Nerval). Bain de vapeur. étuve, hammam, sauna. (1825) À LA VAPEUR : mode de cuisson à l'étouffée d'aliments disposés au-dessus d'eau en ébullition. Pommes de terre cuites à la vapeur; ellipt pommes vapeur. Légumes à la vapeur. Raviolis (vietnamiens) à la vapeur.
3(XIVe) Vieilli Exhalaison de corps liquides ou solides. émanation, fumée, gaz. « Comme un encens allumé qui se dissipe en vapeur » (Flaubert).
(1609) Méd. anc. Exhalaison provenant des humeurs. Vieilli, au plur. VAPEURS : malaise supposé provenir de ces exhalaisons et montant au cerveau. Plais. Avoir ses vapeurs. Madame Prune « avait été prise de pâmoisons et de vapeurs » (Loti). Les vapeurs de l'ivresse. « Les vapeurs enivrantes de l'orgueil » (Rousseau).
4Phys., chim. Substance à l'état gazeux au-dessous de sa température critique; en particulier, gaz dont le point de condensation, sous la pression atmosphérique, se trouve au-dessous de la température ordinaire. Vapeur d'eau, d'essence. Pression, tension de vapeur. Vapeur saturante. Condensation de la vapeur. Point critique des vapeurs, pour lequel elles présentent la même densité que le liquide. Vapeur sèche, sans son liquide générateur.
vapeur 2. vapeur [ vapɶr ] n. m.
• 1841; n. f. 1828; ellipse de bateau à vapeur
Vieilli Bateau à vapeur. « Quatre ou cinq grands vapeurs anglais chargés de charbon » (Maupassant).

vapeur nom féminin (latin vapor) Gaz résultant de la vaporisation d'un liquide ou de la sublimation d'un solide. Fines gouttelettes d'eau en suspension dans l'air : Repassage à la vapeur. Des nappes de vapeur au-dessus de l'étang. Vapeur d'eau employée comme force motrice : Locomotive à vapeur.vapeur (expressions) nom féminin (latin vapor) À la vapeur, mode de cuisson des aliments disposés dans un panier au-dessus d'eau en ébullition. Familier. À toute vapeur, à grande vitesse. Bain de vapeur, séjour dans une atmosphère saturée de vapeur d'eau à une température élevée, intermédiaire entre le bain d'eau et le bain d'air chaud. Dépôt en phase vapeur, synonyme de vapométallurgie. Machine à vapeur, machine mue par la force élastique de la vapeur d'eau. Pression ou tension de vapeur, pression exercée par les vapeurs émises par un produit pétrolier, mesurée dans des conditions normalisées. Renverser la vapeur, changer le sens de marche d'une locomotive à vapeur pour l'arrêter rapidement ; adopter une conduite contraire à celle qu'on suivait auparavant. ● vapeur (synonymes) nom féminin (latin vapor) Gaz résultant de la vaporisation d'un liquide ou de la...
Synonymes :
- émanation
Dépôt en phase vapeur
Synonymes :
- vapométallurgie
vapeur nom masculin Vieux. Navire propulsé par une machine à vapeur.

vapeur
n. f. (et m.)
d1./d Exhalaison perceptible se dégageant de liquides, de corps humides. Des vapeurs traînent, s'élèvent au-dessus du marais.
d2./d PHYS Phase gazeuse d'un corps (habituellement à l'état solide ou liquide).
Vapeur sèche, qui n'est pas en équilibre avec la phase liquide du corps dont elle émane (par oppos. à vapeur saturante ou humide).
d3./d Absol. Vapeur d'eau. Faire cuire des aliments à la vapeur.
Bain de vapeur: étuve humide.
Machine à vapeur.
|| n. m. Bateau à vapeur.
d4./d (Plur.) Litt. Les vapeurs de l'ivresse, de l'orgueil, les troubles qu'ils engendrent. Syn. fumées.

I.
⇒VAPEUR1, subst. fém.
A. — 1. Amas visible de fines gouttelettes d'eau de condensation en suspension dans l'atmosphère. Vapeur blanche, légère; la vapeur flotte, monte, voltige, se dissipe. Une brume vague floconnait sur le lac, une brume, non,une buée, une vapeur de vapeur, de quoi fondre ou comme ouater ce que l'eau morte aurait eu de trop métallique (BOURGET, Cosmopolis, 1893, p. 466):
... sur la campagne, se levaient lentement de gros nuages. Ils naissaient par dilatation du sein de leur propre puissance et ils se gonflaient insensiblement en volutes lourdes, dont les vapeurs s'accumulaient peu à peu, à l'Ouest, sur une colline solitaire.
BOSCO, Mas Théot., 1945, p. 252.
2. En partic.
a) Émanation visible de l'haleine ou de la sueur. Les casques sont blancs de givre. Les hommes fument de la tête aux pieds, comme des chevaux; ils portent leur vapeur dans leurs pas, toute la compagnie est dans le brouillard de sa sueur (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 239). V. brouillard1 ex. 4. Littér. On présente en vain à la bouche du prince le verre qui couvroit la tabatière du roi, la vapeur de la vie ne parut point sur le verre (CHATEAUBR., Mél. hist., 1827, p. 217).
b) Eau vaporisée. Un coquemar de terre brune laissait fuser une fine vapeur de son couvercle (MOSELLY, Terres lorr., 1907, p. 64). Elle souleva le couvercle de la marmite; puis, le visage aveuglé d'une vapeur ardente, saisit sur la cheminée une poignée de sel (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 368).
3. P. anal., littér. Amas fin et léger. Synon. nuage. La lumière y entrait à flots [dans la nef]. Arrivant à travers chaque verrière par grands jets distincts, elle allait s'écraser en face sur la muraille puis, rebondissant, éclaboussait l'espace d'une vapeur de poussières illuminées (ESTAUNIÉ, Vie secrète, 1908, p. 75). La crépelure domptée de ses cheveux châtains se révélait, quand même, en petites ondes qui accrochaient la lumière, en vapeur dorée sur la nuque et près des oreilles (COLETTE, Mais. Cl., 1922, p. 142).
4. Au fig., littér. Chose inconsistante et illusoire. L'enfant à la grosse tête ronde a reçu tous les dons, même celui du tra-vail, sans lequel tous autres ne sont que vapeurs et fumées (DUHAMEL, Cécile, 1938, p. 70).
B. — Vapeur (d'eau). Eau amenée à l'état gazeux, au-dessus de son point d'ébullition.
1. [Utilisée notamment comme source d'énergie] Bateau, locomotive, presse à vapeur. Deux grues à vapeur semblables à des clochers (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 102).
En appos. Charbon(-)vapeur. Charbon destiné à produire de la vapeur en chaudière ou en centrale thermique. Varsovie, afin d'assurer des débouchés réguliers à son charbon, souhaiterait que la France s'engage à maintenir au-delà de 1982 ses importations de charbon-vapeur (utilisé dans les centrales thermiques) à un niveau élevé (L'Express, 28 juill. 1979, p. 45, col. 2).
Cheval-vapeur. Machine à vapeur.
Loc. verb. Inverser la vapeur; à pleine vapeur. Renverser la vapeur.
Loc. adv. À toute vapeur; à pleine vapeur. En utilisant toute la vapeur possible; p. ext., très vite. Ces câbles, déroulés et enroulés à toute vapeur par les bobines de la machine (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1158). Et tout de suite, hommes et bagages s'engouffrent dans le train qui part à toute vapeur (BOURGET, Ét. angl., 1888, p. 115). À la vapeur (vieilli). Très vite. Convenez que l'on mène maintenant l'existence un peu trop vite (...) on fait aller sa jeunesse à la vapeur (KOCK, Compagn. Truffe, 1861, p. 5). Mais vous êtes, vous, d'une génération si pressée, si pressée (...) vous vous êtes marié, comme vous faites toutes choses (...) à la vapeur (SARDOU, Fam. Benoîton, 1865, p. 89).
P. méton. Usage de l'énergie obtenue par la machine à vapeur. Malgré la vogue du diesel, la vapeur a conservé cependant de nombreux adeptes (LE MASSON, Mar., 1951, p. 76).
Loc. verb. Être/marcher à voile et à vapeur. Utiliser ce double mode de propulsion. Un navire est un monde. Quand il marche, comme celui-ci, en même temps à la vapeur et à la voile (AUDIBERTI, Quoat, 1946, 1er tabl., p. 17). Au fig., pop. Être bisexuel(le). J'ai une copine, Josiane, qui s'est laissé toucher, embrasser et tout par une commerçante de Juan-les-Pins (...). Josiane elle marchait à voile et à vapeur et ça m'étonnait qu'elle aille jusqu'au bout avec ce type-là parce que d'abord il était pas beau et qu'en plus il était fauché (J. LANZMANN, L'Âge d'amour, 1987 [1979], p. 8 et 47 ds BERNET-RÉZEAU 1989).
2. [Usages domestiques]
a) À la vapeur. [Qualifiant un mode de cuisson] Pommes de terre cuites à la vapeur (p. ell. pommes vapeur). Une poularde à la crème et aux champignons, une timbale de riz à la vapeur (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 197). Les produits en boyaux sont (...) fumés avant d'être cuits à l'eau ou à la vapeur (Industr. conserves, 1950, p. 26).
b) Bain de vapeur. Bain pris dans une étuve humide. Les clients peuvent se contenter d'un bain de vapeur; ils peuvent aussi prendre un bain d'eau tiède (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 192).
c) Fer à vapeur. Fer à repasser utilisant la vapeur d'eau pour humidifier le linge et le repasser plus facilement. La pattemouille, c'est fini. Vive les fers à vapeur (Le Point, 29 nov. 1976, p. 51, col. 2).
C. — 1. Vieilli. Exhalaison de corps liquides ou solides. Vapeurs d'encens, d'opium, de tabac; vapeur aromatique, désinfectante; vapeurs épaisses, suffocantes. Cette journée [de noces] toute fumante de sueur, d'encens, d'haleine de bétail, de vapeur de sauces (COLETTE, Mais. Cl., 1922, p. 111).
— [En cont. métaph.] De cette vie factice, aux joies fausses, se dégage, hélas! une vapeur malsaine, non point vraiment une odeur de débauche, mais comme un parfum fatal de liberté (VALLÈS, Réfract., 1865, p. 24).
2. a) MÉD. ANC. Exhalaison supposée monter du sang et des autres humeurs jusqu'au cerveau. Vapeur maligne (ROB. 1985). P. métaph. Sarcey me disait fort souvent: « Une bonne digestion, voilà l'image la plus approchante et la meilleure preuve de l'existence de l'âme. Tout le reste n'est qu'inquiétude inutile, billevesées, vapeurs noires » (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 121).
b) Au plur., vieilli ou iron. [Surtout appliqué à une femme] Étourdissements, vertiges, migraines, malaises divers. Elle a, depuis quelque temps, ce qu'on appelait autrefois des « vapeurs? (...) » elle rougit et pâlit sans motif (GYP, Tante joujou, 1891, p. 78). Elle rougissait par bouffées et sans raisons sensibles. Joseph dit: Vous avez des vapeurs? (DUHAMEL, Passion J. Pasquier, 1945, p. 174).
c) Littér. Trouble du cerveau occasionné par l'absorption d'alcool en trop grande quantité. Les vapeurs du vin, de l'alcool. Sa cervelle obscurcie par les vapeurs de la bombance (FLAUB., Mme Bovary, t. 1, 1857, p. 33). Richard commençait à rougir sous l'effet de la réplétion et la vapeur des breuvages lui brouillait légèrement la vue (DUHAMEL, Cécile, 1938, p. 178).
P. métaph. Trouble causé par un sentiment, une passion, une sensation. Vapeurs de la colère, de l'orgueil. Les flottantes exhalaisons de l'herbe (...) imprégnaient l'air d'une langueur tendre, d'un bonheur léger, comme d'une vapeur de bien-être (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Femme de Paul, 1881, p. 1223). Nous rentrâmes, la tête bourdonnante des vapeurs de l'insouciance et du plaisir (ARNOUX, Algorithme, 1948, p. 72).
D. — PHYS., CHIM. Forme gazeuse d'un corps liquide qui se vaporise ou d'un solide qui se sublime. Vapeur d'alcool, d'essence, d'éther, de goudron, de mercure. Dans la distillation, c'est la vapeur qui constitue le produit à recueillir (SER, Phys. industr., 1890, p. 355). Les produits pétrolifères portés à une température supérieure à leur point d'inflammabilité peuvent prendre feu. Les vapeurs qu'ils émettent, mélangées en certaines proportions avec de l'air, peuvent faire explosion (CHARTROU, Pétroles natur. et artif., 1931, p. 172). V. éblouissement ex. 3.
Vapeur d'eau. V. supra B.
Vapeur saturante. Vapeur sèche. V. sec I A 1 c.
REM. 1. Vape, subst. fém., arg. a) Situation louche, suspecte. Ils renâclaient presque toujours au moment de douiller (...), il leur passait une inquiétude (...) ils sentaient malgré tout la vape... Que c'était un petit flouze qu'ils reverraient jamais (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 447). b) Au sing. ou au plur. [Surtout dans des loc. verb.] État d'hébétude, de somnolence dû à la fatigue, à l'alcool, à un malaise, etc. Tomber dans la vape; être dans les vapes. Il devait [à 11 h du matin] être en pleine vape, quelque part, camé à bloc (SIMONIN, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 83). 2. Vaporiste, subst. masc., ch. de fer. a) Conducteur d'une locomotive à vapeur. (Dict. XXe s.). b) Partisan de la traction à vapeur. Beaucoup de « vaporistes » (...) se demandèrent s'il n'existerait pas une autre solution au problème de la routière mécanique individuelle. À défaut de la vapeur, décidément peu pratique, ne pourrait-on faire appel à un autre agent moteur? (P. ROUSSEAU, Hist. transp., 1961, p. 477).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1265 vapour « espèce de fumée s'élevant des corps humides sous l'action de la chaleur » (BRUNET LATIN, Trésor, I, 106, éd. F. J. Carmody, p. 90); b) 1575 spéc. vapeur de l'eau (PARÉ, Œuvres, XXV, 24, éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 3, p. 561); 2. a) XIVe s. [ms.] « exhalaison qui se dégage d'une substance » (Fragm. d'un livre de medecine, ms. Berne A 95, f° 12 r° ds GDF. Compl.); b) 1610 vapeurs « effet euphorique dû à l'absorption d'alcool » (BÉROALDE DE VERVILLE, Moyen de parvenir, 38, 9, éd. A. Tournon, p. 106); 3. a) 1609 méd. anc. « humeur subtile qui s'élève des parties basses et trouble le cerveau » (RÉGNIER, Satires, XII, 51, éd. G. Raibaud, p. 154: tout ce qu'elle espere Des biens que l'hypocondre en ses vapeurs promet Quand l'humeur ou le vin lui barbouillent l'armet); cf. 1684 vapeur de fille anc. nom de l'hystérie (Mme DE SÉVIGNÉ, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 3, p. 147); b) 1609 « chose vaine, futile » (RÉGNIER, op. cit., VI, 167, p. 67: Mais ce traître cruel [l'Honneur] [...] Qui nous gonfle le cœur de vapeurs et de vent); 4. 1765 (Encyclop. t. 16: vapeur, vaporeux, se dit en Peinture, lorsque la perspective aërienne est bien entendue dans un tableau, et qu'il y regne un très-léger brouillard qui rend les objets tendres et flous); 5. a) 1784 (MAILLARD, Théorie des machines mues par la force de la vapeur de l'eau [titre] ds WEXLER, p. 98, note 11); b) 1794 (Journal des Mines, 1, 62, ibid., note 9: Nous croyons nécessaire d'adopter cette dénomination [machine à vapeur] au lieu de celle de pompe à feu [...]. L'eau réduite en vapeur en est le moteur: le feu n'est que la cause de la vaporisation [...] on n'a fait ici que traduire l'expression anglaise steam engine); c) 1825 cuire à la vapeur, turbot à la vapeur (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, pp. 337, 339); d) 1861 marcher à pleine vapeur (ARMENGAUD, Moteurs à vapeur, t. 2, p. 404); e) 1868 à toute vapeur (VERNE, Enf. cap. Grant, t. 1, p. 38); 6. a) 1847 fig. (FÉVAL, Fils diable, t. 7, p. 31: Quant au chemin de fer, ça marche à pleine vapeur! Dix mille demandes d'actions depuis lundi!); b) 1865 à la vapeur « à toute vitesse » (SARDOU, loc. cit.). Empr. au lat. vapor subst. masc. « vapeur d'eau, exhalaison, fumée », dans la lang. de l'époque impériale « chaleur », au fig. « bouffées de chaleur » et « état d'excitation (de l'esprit) », att. au sens de « vanité » chez les aut. chrét. (v. BLAISE Lat. chrét.); en fr. vapeur a été fait fém. p. anal. avec les termes en -eur. Pour désigner les nouv. machines utilisant la force motrice de la vapeur d'eau, il y eut fin XVIIIe-déb. XIXe s. une période d'hésitation pendant laquelle coexistèrent des périphrases (cf. en 1804 la description de la voiture inventée en 1769 par le mécanicien fr. Cugnot: « cabriolet qui était conduit par le feu et la vapeur de l'eau », v. WEXLER, p. 97), le type (machine) à feu (supra ex. cité sous 5 b), et le syntagme à vapeur qui devait l'emporter (quand vapeur empl. absol. fut compris comme « source d'énergie, force motrice » cf. 1829, BÉRANGER, Chans., t. 3, p. 251: la presse éclaire, et le gaz illumine et la vapeur vole aplanir les mers); à vapeur corresp. aux dénom. angl. dans lesquelles steam « vapeur » entre en compos. avec le nom de l'engin: steamengine 1751 (à côté de fire-engine) pour désigner un engin mû par la vapeur, 1815 au sens de « locomotive », steamboat dep. 1787 (v. NED), cf. steamcarriage rendu par « chariot à vapeur » 1815 et steamhorse par « cheval de vapeur » 1821 (cités par WEXLER, pp. 100-101). Bbg. FURUKAWA (N.). Le Nombre gramm. en fr. contemp. Tokyo, 1977, pp. 166-167. — QUEM. DDL t. 20, 23 (s.v. vape), 28, 30, 33, 41.
II.
⇒VAPEUR2, subst. masc.
A. — NAV. Bateau à vapeur. Vapeur à roues; partir à bord d'un vapeur, par le vapeur; prendre le vapeur. La vedette avançait toujours: le roulis était assez fort pour que la silhouette basse et trouble du vapeur semblât se balancer lentement sur le fleuve (MALRAUX, Cond. hum., 1933, p. 232).
B. — CH. DE FER. ,,Train remorqué par une locomotive à vapeur`` (QUILLET 1965).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. [1828 subst. fém. (STENDHAL, Lett. à M' Sutton Sharpe, in Corresp., II, p. 489 ds Fr. mod. t. 20, p. 308: En deux heures, la vapeur, comme on dit en France, vous conduira à Honfleur)] 1841 subst. masc. (FLAUB., Souv., p. 81). De vapeur1, p. ell. de bateau dans l'expr. bateau à vapeur (dep. 1821, COURIER, Pamphlets pol., Disc. souscr. acquis. de Chambord, p. 73; cf. 1820 deux bateaux-vapeur, J.-J. AMPÈRE, Corresp., p. 172), corresp. à l'angl. steam-boat att. dep. 1787 (v. NED; cf. steamer « id. » dep. 1825).
STAT. Vapeur1 et 2. Fréq. abs. littér.:2 720. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 4 230, b) 5 961; XXe s.: a) 3 830, b) 2 459.
BBG. — GREIMAS (A.-J.). Nouv. dat. Fr. mod. 1952, t. 20, p. 308. — KEMNA 1901, p. 83. — QUEM. DDL t. 31.

1. vapeur [vapœʀ] n. f.
ÉTYM. XIIIe; lat. vapor « vapeur d'eau, fumée ».
1 Amas visible, en masses ou traînées blanchâtres, de très fines et légères gouttelettes d'eau de condensation.REM. Ce sens est impropre, du point de vue scientifique (le mot exact serait brouillard). — La vapeur des brouillards (1. Brouillard, cit. 2), de la brume, des nuages (→ Écheveau, cit. 2; estomper, cit. 7; grisâtre, cit. 1; haut, cit. 8; heurter, cit. 35; lumière, cit. 5; miroir, cit. 6; sèchement, cit. 1). || La terre exhalait (cit. 2) une vapeur légère. Fumer; fumeux. || Amoncellement (cit. 2) de vapeurs (→ Assembler, cit. 31). || Vapeurs qui circulent (cit. 6), voltigent (→ Levant, cit. 1), roulent (→ Montagne, cit. 7). || Lointains (cit. 13) estompés de vapeurs. || Vapeur en buée (cit. 1 et 4). || Le cheval expire (cit. 1) par les naseaux une vapeur blanche.
1 Les vapeurs qui s'élèvent ordinairement sur le lac, et s'étendent au-devant des montagnes sous la forme d'un rideau de crêpe, avaient peu à peu élargi les losanges flottantes (sic) de leurs réseaux de brouillards.
Charles Nodier, Contes, « Trilby ».
2 (…) la ville entière était ensevelie déjà sous cette vapeur menue, qui, sans tomber, mouillait comme une pluie et glissait sur les maisons et les rues à la façon d'un fleuve qui coule.
Maupassant, Pierre et Jean, IV.
2.1 Pendant que nous mangeons, une marmite où bout la soupe des chiens exhale une vapeur fétide qui vous prend à la gorge et vous fait tousser (…) C'est à vomir ! (…)
O. Mirbeau, le Journal d'une femme de chambre, p. 35.
(De l'eau vaporisée). || La machine (cit. 18) souffle des torrents de vapeur (→ Frein, cit. 12; et aussi fuser, cit. 8; haleine, cit. 32). || Vapeur qui s'échappe de la bouilloire.
2.2 Quel spectacle que ce combat entre l'eau et le feu ! Quelle plume pourrait décrire cette scène d'une merveilleuse horreur, et quel pinceau la pourrait peindre ! L'eau sifflait en s'évaporant au contact des laves bouillantes. Les vapeurs, projetées dans l'air, tourbillonnaient à une incommensurable hauteur, comme si les soupapes d'une immense chaudière eussent été subitement ouvertes.
J. Verne, l'Île mystérieuse, t. II, p. 851 (1874).
Par métaphore. || « Et tout ce bruit… se dissipe (cit. 15) en vapeur ».
2 Vapeur d'eau, ou, absolt, vapeur : eau à l'état gazeux, état normal de l'eau au-dessus de son point d'ébullition. || Vapeur atmosphérique provenant de l'évaporation (cit. 2) des masses liquides et des parties humides des continents, ainsi que de la respiration des plantes. Humidité (atmosphérique).
3 — Une puissance invincible, la vapeur (…) Sire, étendue en vapeur, l'eau veut un espace bien plus considérable que sous sa forme naturelle, et pour le prendre elle soulèverait des montagnes.
Balzac, les Ressources de Quinola, Prologue, 13.
Utilisation industrielle (cit. 1) de la vapeur comme force. || Cheval-vapeur.(1794). || À vapeur : actionné par la vapeur d'eau. || Machine à vapeur. Machine (cit. 7 et 8). || Locomotion, locomotive (cit. 4) à vapeur. || Vapeur surchauffée. || Manège (cit. 3), batteuse, cisaille à vapeur. || Bateau à vapeur (→ Indéfiniment, cit. 1; progressif, cit. 2). 2. Vapeur.
3.1 On entendait les bourdonnements de la chaudière surchauffée, et la vapeur s'échappait par les soupapes. Le mécanicien siffla, le train se mit en marche, et disparut bientôt, mêlant sa fumée blanche au tourbillon des neiges.
J. Verne, le Tour du monde en 80 jours, 1873, p. 275.
Loc. fam. Être à voile et à vapeur.
Couper la vapeur.Renverser la vapeur, la faire agir sur l'autre face du piston, afin d'inverser le sens de la marche de la machine (ce qui a pour premier effet de freiner le mouvement). Fig. Arrêter net une action qui se développait dans un sens dangereux et la mener dans un sens opposé.
4 Soudain la vapeur se renverse
Toi qui croyais faire la loi
Tout existe et bouge sans toi
Aragon, le Roman inachevé, p. 111.
4.1 Soucieuse de démocratiser le pays, l'Amérique a fait sortir de prison les adversaires du régime militariste — les communistes, les socialistes — et s'est appuyée sur eux; elle a imposé une réforme agraire, dissout les trusts et encouragé la formation des syndicats. Mais elle a rapidement renversé la vapeur : en 47, la grève générale souhaitée par les travailleurs a été interdite.
S. de Beauvoir, Tout compte fait, p. 285.
À toute vapeur : en utilisant toute la vapeur possible, à toute vitesse. || Locomotive (cit. 2), train (cit. 9) filant à toute vapeur (→ 1. Grêle, cit. 1; jugulaire, cit. 1).
4.2 — Certain, monsieur, répondit le mécanicien. N'oubliez pas que, depuis notre départ, nous chauffons avec tous nos fourneaux allumés, et si nous avions assez de charbon pour aller à petite vapeur de New York à Bordeaux, nous n'en avons pas assez pour aller à toute vapeur de New York à Liverpool !
J. Verne, le Tour du monde en 80 jours, 1873, p. 299.
Fig. Aller à toute vapeur, très vite.Faire qqch. à la vapeur, à la hâte, en se pressant.
Vx. || Sous petite vapeur (J. Verne, le Tour du monde en 80 jours, p. 140).
(1762). || Bain de vapeur. Étuve. || Chauffage par circulation de vapeur.À la vapeur. || Cuire à la vapeur (→ 1. Farce, cit.; riz, cit. 2). || Pommes de terre cuites à la vapeur (ellipt pommes vapeur). || Repassage à la vapeur. || Assouplir à la vapeur. Bruir. || Stérilisation à la vapeur ( Autoclave).
3 (XVIe; → Cinabre, cit. 1). Vieilli. Toute espèce d'exhalaison de corps liquides ou solides. Émanation (cit. 4), esprit (II., 2.), exhalaison, fumée, gaz. || Vapeur souterraine qu'on appelle mouffette (cit.). Mofette. || Le feu dissipe le mercure (cit. 3) en vapeurs. || Vapeur d'encens (→ Anéantir, cit. 15), d'opium (→ Lourd, cit. 19), de tabac (→ 1. Feu, cit. 41). || Vapeurs aromatiques (→ Imprégnation, cit. 3), désinfectantes ( Fumigation), suffocantes.
5 Les mots d'exhalaison et de vapeur se prennent d'ordinaire indifféremment l'un pour l'autre; mais les auteurs exacts les distinguent. Ils appellent vapeurs, les fumées humides qui s'élèvent de l'eau et des autres corps liquides; exhalaisons, les fumées sèches qui viennent des corps solides, comme la terre, le feu, les minéraux, les soufres, les sels, etc.
d'Alembert, in Encycl. (Diderot), art. Exhalaison (1756).
6 Une vapeur de tabac voilait un peu, comme un très fin brouillard, les parties lointaines, la scène et l'autre côté du théâtre. Et s'élevant sans cesse, en minces filets blanchâtres, de tous les cigares et de toutes les cigarettes que fumaient tous ces gens, cette brume légère montait toujours (…)
Maupassant, Bel-Ami, I, I.
(XVIIe). Méd. (Anciennt). Exhalaison qu'on supposait s'élever du sang et des diverses humeurs jusqu'au cerveau (→ Exhaler, cit. 16; fuligineux, cit. 3; infecter, cit. 2; muet, cit. 1). || Vapeur noire et maligne.(1664; cour.). Vieilli. N. f. pl. || Vapeurs : troubles et malaises divers (étourdissements, vertiges, migraines…) supposés dus à ces « vapeurs » (→ Éteindre, cit. 56; hébéter, cit. 5; langueur, cit. 7). || Prise de pâmoisons (cit. 2) et de vapeurs.Hypocondrie (cit. 1). || Le spleen (cit. 1) ou les vapeurs anglaises.
7 — C'est que ma maîtresse a ses vapeurs. J'accourais vous prier de nous prêter votre flacon d'éther.
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, III, 9.
(Av. 1613). Se dit de tout ce qui peut troubler le cerveau ( Entêter). || Les vapeurs du vin fermentaient dans mes veines (→ Bien-aimé, cit. 5; et aussi doute, cit. 23). || Les vapeurs de l'ivresse, de la colère (→ Ablution, cit. 3).Fig. || Les vapeurs enivrantes (cit. 3) de l'orgueil.
4 Phys., chim. Substance à l'état gazeux au-dessous de sa température critique; en particulier, gaz dont le point de condensation, sous la pression atmosphérique, se trouve au-dessous de la température ordinaire. || Vapeur d'eau (→ ci-dessus, 2.), d'essence. || Pression de vapeur. || Tension de vapeur. || Un liquide dans une enceinte fermée est surmonté de sa vapeur. || Vapeur saturante, dont la pression cesse de croître (elle existe en équilibre avec son liquide). || Abaissement des pressions de vapeur des deux constituants volatils d'un mélange (pour permettre la séparation par distillation). || Condensation de la vapeur par diminution de l'espace libre au-dessus du liquide pur. || Point critique des vapeurs, pour lequel elles présentent la même densité que le liquide. || Vapeur sèche, sans son liquide générateur.Densité de vapeur : densité d'un gaz par rapport à celle de l'hydrogène ou de l'air.
tableau Vocabulaire de la chimie.
DÉR. et COMP. Contre-vapeur. — Vape, vapocraquage.
HOM. 2. Vapeur.
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2. vapeur [vapœʀ] n. m.
ÉTYM. 1842; n. f., 1828; ellipse de bateau à vapeur.
Bateau à vapeur. Steamer (→ Cheminée, cit. 5; parcourir, cit. 3; quai, cit. 1). || Petit vapeur italien. Vaporetto.
0 À côté des clippers apparaissent dans le port de San Francisco les énormes vapeurs du Pacifique, véritables villes flottantes; puis d'autres vapeurs, de formes moins grandioses, faisant les voyages de la côte de Californie et de l'Orégon; enfin les steamers de la baie et des fleuves et rivières de l'intérieur.
L. Simonin, Voyage en Californie, in le Tour du Monde 1862, t. I, p. 6.
HOM. 1. Vapeur.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • vapeur — VAPEUR. s. f. Fumée qui s éleve des choses humides. Vapeur grossiere, subtile. noires vapeurs. les vapeurs qui forment les pluyes & les orages. les vapeurs qui s eslevent de la mer & des rivieres. le soleil par sa chaleur attire les vapeurs,… …   Dictionnaire de l'Académie française

  • Vapeur — (fr., spr. Wapöhr), 1) Dampf; 2) in der Mehrzahl Vapeurs, Blähungen, Beschwerden durch diese verursacht u. die daraus entstehenden Launen der Frauenzimmer; 3) eine Art seiner Mousselin, s.d …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Vapeur — (franz. spr. wapör, »Dampf, Dunst«), sehr seines Gewebe, s. Musselin …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

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  • VAPEUR — n. f. T. de Physique Exhalaison gazeuse résultant de la transformation partielle ou totale d’une substance ordinairement liquide. La vapeur d’eau est transparente comme l’air, il en est de même de la vapeur d’éther, d’alcool, de camphre. L’air le …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • vapeur — garai statusas T sritis automatika atitikmenys: angl. steam; vapour vok. Dampfe, m rus. пар, m pranc. vapeur, f …   Automatikos terminų žodynas


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